Lire aux Eclats avec Marc Grassin

societe-soinMarc Grassin a été le premier intervenant de Lire aux Eclats le dimanche 1er décembre 2013. Il est venu nous présenter son article "Maîtrise et démaîtrise. La fragilité anthropologique occidentale", extrait de l'ouvrage de Paulette Guinchard et Jean-François Petit, Une société de soins, Paris, Les éditions de l'Atelier, 2011.

Cette rencontre s'est inscrite dans le cadre de notre thème d'année portant sur la vulnérabilité, où, dans un premier temps, nous aborderons la question d'un point de vue anthropologique en interrogeant la vulnérabilité comme détermination de la condition humaine.

Marc Grassin est professeur à l'institut catholique de Paris, docteur en pharmacie et en éthique médicale. Ses principaux thèmes de recherches portent sur l'éthique, la bioéthique, l'incidence de la subjectivité contemporaine libérale sur l'éthique, ainsi que sur les liens entre éthique et entreprise.

> Présentation du livre Une société de soins, Paris, Atelier, 2011

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> Photos de la séance

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Il y a différentes manières de penser le monde. Qu'est-ce que l'Occident aujourd'hui ? Une manière de se rapporter au monde. La culture est la mise en forme des rapports au monde. Quels sont les rapports au monde prévalents en Occident ? Quels sont les modes de pensée du monde en Occident, quelle est la manière de vivre le monde en dans cette zone géographique ? Le contrôle et la maîtrise sont les rapports au monde prévalents en Occident. Pourquoi, quelles sont les raisons qui nous portent à penser que ce sont les rapports au monde prévalents ? L'homme occidental ne maîtrise pas tout complètement et il en a conscience, il éprouve donc le besoin de se réapproprier une certaine maîtrise, un besoin d'engagement dans un autre type de rapport au monde.

dt100355 131201-picpus-lire-aux-eclats-marc-grassinCette maîtrise est-elle un déni de la fragilité de l'homme ?

Non, au contraire, c'est la prise de conscience de cette fragilité qui permet de créer la maîtrise et le contrôle, avec le développement de la technique et du savoir. Aujourd'hui plus on sait, plus on s'intègre, mieux on s'installe dans le monde contemporain qui sans cesse met en brèche l'homme. Accepter sa faillibilité, sa fragilité donne à l'homme les conditions pour pouvoir vivre. L'homme conscient des difficultés de vivre dans un monde, définit de lui-même des conditions de vivre et d'être dans ce monde. D'où le développement de la logique de maîtrise et de contrôle comme une liberté de l'homme, qui peut dès lors décider de son existence, maîtriser son existence.

La maîtrise et le contrôle sont l'expression de la liberté dans l'Occident. L'homme est un être libre, dès lors il peut maîtriser son avenir et faire du monde un environnement vivable.

Comment peut-on identifier la maîtrise et le contrôle comme les valeurs prévalentes de l'Occident ?

On peut identifier dans le développement de l'histoire de l'homme différentes preuves de l'importance que gagnent ces formes du rapport au monde.

Tout d'abord, dès la préhistoire avec le début de la création et de l'utilisation des outils, c'est de début de l'utilisation de la technique qui permet à l'homme de créer ses propres conditions d'existence. De même la domestication de la nature avec la culture et l'élevage permettent à l'homme de s'insérer dans son environnement.

Le monde grec ensuite dit que la connaissance est possible. Il est possible de connaître les choses et ainsi l'homme trouvera sa juste place au sein de son environnement. Avec l'outil de la connaissance, la raison (le logos, la logique), l'homme ouvre l'espace d'une liberté possible. La connaissance permet la différenciation des objets, elle permet de reconnaître les choses (d'un point de vue moral, la connaissance est la différenciation du bien et du mal).

Aux XVIème et XVIIème siècles, Descartes dit de la modernité que c'est de devenir maître et possesseur de la nature ; la condition de la liberté passerait donc par le développement de la maîtrise et du contrôle de la nature et cela par le développement même des techniques. Cette maîtrise et ce contrôle de la nature se sont si bien développées qu'aujourd'hui l'homme peut se substituer à la nature, on pensera par exemple aux biotechnologies. La nature, cet espace qui était sacré, a été désacralisé par la maîtrise et le contrôle.

Au XVIIIème, on assiste avec l'Europe des Lumières à la transformation de la politique, la politique devient ce que les hommes décident qu'elle soit, elle n'est plus considérée comme le fait du cosmos, des dieux ou de Dieu. L'homme acquiert une nouvelle liberté, une marge de manœuvre sur le plan social. Le XVIIIème est le siècle de l'autonomie, l'homme se donne ses propres lois morales car il est doué de raison. L'homme peut fixer ses conditions d'existence et fixer autour de lui les choses par le travail de sa raison.

Au XIXème, l'homme occidental découvre son individualité, il s'approprie son existence et sa psycho existence. C'est ainsi au nom de la fragilité que ce sont développés cette maîtrise et ce contrôle.

dt100384 131201-picpus-lire-aux-eclats-marc-grassinDans l'article que nous avons lu, vous parlez d'une crise anthropologique radicale que l'occident serait en train de vivre. Quels sont les facteurs qui vous permettent d'identifier une telle crise ?

Il y a des signes, des tendances, qui permettent d'identifier cette crise. Dans ce rapport au monde de maîtrise et de contrôle, l'homme a pris une assurance sur lui-même, il a développé un sentiment de puissance. L'homme d'aujourd'hui s'expérimente comme celui qui réussit quelque chose. L'anthropologie sous-jacente créée est celle de la puissance. Cette maîtrise, ce contrôle et finalement cette puissance nous portent à croire que nous pouvons tout faire et tout faire sur les choses. On n'intègre plus la conscience de la fragilité ni sa valeur ; on se construit comme des sujets puissants, capables, prenant des décisions et on perd le rapport à la fragilité, à l'échec, au fait qu'on puisse ne pas réussir. Ainsi en cas d'échec professionnel par exemple, on se dit être défaillant. L'homme s'est créé un devoir de réussite. L'homme devient ainsi l'animal porté à réussir dans le monde car il contrôle le monde, il a ainsi développé une intolérance à l'échec. Ainsi, ne pas réussir, même socialement est un échec qu'on corrèle immédiatement à d'autres individus qui nous auraient empêché de réussir. Le rapport à l'autre dans cette optique de réussite devient biaisé. L'autre devient un frein à ma réussite.

Le rapport à l'altérité est rendu dissonant : ce rapport qui est et devrait rester un rapport de vivre ensemble, où on se donne les conditions de survivre avec les autres, devient un rapport compétitif et on voit dans l'autre les signes de notre échec, on voit dans l'autre un obstacle, celui qui nous empêche de nous réaliser en tant qu'être puissant. Ce rapport dissonant prend toute son expression dans la logique du repli identitaire, ainsi celui qui n'est pas comme nous devient celui qui nous empêche d'être nous-mêmes.

On observe également une logique du refoulement de la réalité de la fragilité de certains et des processus d'exclusion : on identifie alors certaines personnes comme des freins au bon fonctionnement de la société, on peut penser aux personnes âgées, malades ou handicapées. Le rapport actuel à l'altérité est un rapport de séparation plutôt qu'un rapport d'alliance qui permettrait de compenser les défaillances et les fragilités de ceux qui sont les moins performants.L'Occident est entré dans une logique de performance qui pousse à l'élitisme. Mais n'oublions pas que cette performance est toute relative, par exemple du point de vue professionnel, une maladie d'un salarié est rapidement considérée comme une entrave au bon fonctionnement d'une entreprise, le salarié doit remplir sa fonction, veiller à ne pas devenir obsolète ; on compte très facilement ce que coûte quelqu'un qui s'arrête. On voit naître aujourd'hui une exclusion sociale qui passe par le travail.

dt100397 131201-picpus-lire-aux-eclats-marc-grassinOn observe également un refus d'intégration des individus qui ne correspondent pas à la frénésie de l'activisme, un autre signe de séparation entre les hommes. On homogénéise ce que doit être un sujet aujourd'hui, à quels critères mentaux, sociaux, de pensée et même de mise il doit correspondre.Une tendance à la défiance accrue s'observe au quotidien. La société qui devrait reconnaître l'importance de chacun voit désormais une menace dans l'autre, un frein à sa réussite propre. 

Un autre indicateur est la défiance du rapport au savoir. L'individu occidental actuel est un sujet qui veut s'affirmer, avoir raison ; dans la société médiatique le sujet veut dire qui il est, il veut être puissant, s'imposer sur la scène sociale. Il y a ainsi une mise en question du savoir car quiconque exprime son opinion sur n'importe quel sujet, ce qui compte devient ce qu'on pense et ce qu'on dit. On s'impose ainsi dans l'espace social sans reconnaître la valeur de l'expérience scientifique, l'expertise. On perd la confiance dans le savoir. Le risque créé est celui de voir les sujets les plus puissants dominer dans l'espace d'affirmation médiatique et de vider de sens le savoir. On risque également d'observer une desinhibition de certaines pulsions chez les sujets puissants et une réintroduction de la nature non-contrôlée, qui nous porterait à un retour vers l'état de nature, en restreignant notre liberté, voir le livre de Dany Robert Dufour, La cité perverse.

On observe aussi une forme de désinvestissement émotionnel, on n'est plus affecté par ceux qui ont des difficultés dans le rapport à l'autre ; comme si l'émotion était une défaillance. On essaye d'enlever l'émotion dans le rapport à l'autre. L'homme entre dans un processus de rationalisation, tout est rationalisé, objectivé et l'homme cherche ensuite comment atteindre ses objectifs. On peut voir un désinvestissement collectif, des sujets désinvestis, fuyant les responsabilités. Ces différents exemples appuyant l'idée d'un renoncement à l'idée de fragilité. L'occidental d'aujourd'hui aime les sujets actifs et performants. Que deviennent-alors les sujets qui n'entrent pas dans ce cadre-là ?

dt100363 131201-picpus-lire-aux-eclats-marc-grassinVous parlez de dé-maîtrise, comment la définiriez-vous et quelles en seraient les caractéristiques ?

La dé-maîtrise est tout d'abord la reconnaissance d'une réalité anthropologique : l'homme est toujours pris dans une réalité qui lui échappe. La réalité anthropologique de l'homme se compose de son corps, de sa réalité psychique et des autres. L'homme ne peut que recevoir un passé collectif et un avenir. Un homme reçoit, c'est un capteur qui dépend de l'environnement, ainsi l'homme reçoit une altérité qui le dépasse et avec laquelle il aura à se reconnaître. La dé-maîtrise est ainsi un état qui définit la nature initiale de l'homme. Initialement l'homme est pris dans des situations qu'il ne maîtrise pas. Exister c'est être dé-maîtriser, au premier sens où le corps est tout d'abord une contrainte, on l'observe bien chez les bébés. 

En second lieu, ouvrir un espace à cette non-maîtrise et la reconnaître permet alors à l'homme de réfléchir à la maîtrise et au contrôle. Donc reconnaître que nous ne maîtrisons pas grand-chose, est une expérience de notre liberté qui nous garantit la maîtrise et le contrôle comme une réalité.

L'Occident est une civilisation qui a toujours aspiré à l'universalité, dès lors peut-elle s'avouer fragile ?

Ne confondons pas universalité et absolu. L'absolu comme unique forme possible à tous n'existe pas ou bien nous tomberions dans une dictature figée. La maîtrise et le contrôle sont en effet des rapports au monde universels, mais nous n'avons pas tout dit quand nous avons posé ces deux formes de rapport au monde. Il s'agit pour l'Occident d'entendre et de reconnaître des cultures, des représentations et des sociétés qui n'entrent pas dans son schéma et de voir ce qu'elles lui apportent. L'homme occidental ne peut pas considérer qu'il a défini le rapport au monde. Il faut traverser l'épreuve de l'histoire et de la vie des hommes : les choix de chacun sont toujours contextuels à l'histoire, d'où la nécessité de reconnaître la fragilité de notre conception du rapport au monde et de se confronter à d'autres conceptions.

Une nouvelle équipe pour Lire aux Eclats

Emilie, Marie-Catherine et Bérengère constituent la nouvelle équipe Lire aux Eclats (LAE) et des conférences. Elles travaillent déjà à solliciter les auteurs et conférenciers qui permettront d'approfondir le thème d'année choisi par Réseau Picpus. La conférence inaugurale, le lundi 18 novembre, sera assurée par Jean Vanier, fondateur de l'Arche. En attendant, elles nous en disent un peu plus sur la vulnérabilité..

RP EquipeLAEConf BerengereComment avez-vous connu Réseau Picpus ?

Marie-Catherine - J'ai connu Réseau Picpus par CGE ParisSud. J'y ai trouvé un beau pèlerinage à Rome tout d'abord et une très belle énergie chrétienne.

Bérengère – Moi j'ai entendu parler des conférences Lire aux Eclats par des amis et j'y suis retournée plusieurs fois cette année.

Pourquoi avoir accepté de répondre à cet appel de vous engager pour Lire aux Eclats et les conférences l'année prochaine ?

Marie-Catherine - J'ai participé cette année au pélé à Rome et à quelques conférences, qui m'ont beaucoup plu et beaucoup apporté. Lire des essais, en discuter avec les autres responsables LAE et pouvoir ensuite partager les différents points de vue avec les auteurs me semble très intéressant. Cela nous permet de réfléchir différemment, de nous poser quelques questions philosophiques tout en trouvant un accompagnement dans ce questionnement.

Bérengère - Je trouve que la formule Lire aux Eclats est intéressante car elle permet d'aborder un thème transversal de plusieurs manières. Nous nous adressons à un public assez large et nous partons toujours d'interrogations qui intéressent croyants comme non-croyants.

RP EquipeLAEConf MarieCatherineRéseau Picpus a choisi comme thème d'année : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2 CO, 12, 10. Vulnérabilité : force ou faiblesse ? En quoi ce thème vous paraît-il porteur ?

Emilie - Lors de nos discussions de préparation du thème de l’année 2013-14, je me rappelle que celui de la vulnérabilité a immédiatement suscité intérêt, adhésion et enthousiasme. Et pour cause, cette question nous concerne tous : « Nous naissons et nous mourons dans une fragilité extrême et tout au long de notre vie, nous demeurons vulnérables, c'est-à-dire capables d’être blessés » nous dit Jean Vanier. Nous faisons tous, un jour ou l’autre, l’expérience de notre propre fragilité. Ce thème me paraît porteur car il permettra de donner un éclairage positif à une notion a priori négative.

Bérengère – Ce thème se situe aussi dans la continuité de la démarche Diaconia 2013 lancée par les évêques de France et qui invitait les chrétiens à faire un retour sur les différentes actions de solidarité menées pour les personnes les plus vulnérables de nos communautés et de notre société. Je pense qu'il est stimulant car il nous invite à dépasser les clichés usuels qui opposent force et faiblesse, performance et échec. Dans une société qui juge les gens en fonction de la capacité de réussite, il est difficile d'accepter sa propre vulnérabilité. Pourtant c'est de cette manière-là que nous pourrons agir non pas pour les plus faibles mais avec les plus faibles.

Marie-Catherine - Il nous permettra de réfléchir à ce qui nous est dans nos vies la vraie force, comment accepter d'être vulnérable par essence, par naissance... Il nous ramène également à l'humilité et à la question fondamentale de la vie qui se finit.

RP EquipeLAEConf EmilieComment envisagez-vous de le traiter au fil des conférences et LAE ?

Emilie - Nous voulons explorer cette thématique de façon pluridisciplinaire en écoutant ce que la philosophie, l’anthropologie, la psychanalyse, mais également  l’économie, la sociologie et la théologie peuvent nous dire à ce sujet, l’idée étant de confronter les points de vue.  Bernard Ugeux, directeur de l'l'Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR) parle par exemple de « fécondité de la fragilité », que veut-il dire par là ? Marie Balmary, psychanalyste distingue la  « bonne fragilité » d’une « mauvaise fragilité ». Sur quels critères se base-t-elle ? Pour Elena Lasida, économiste, la fragilité engage l'économie dans une nouvelle voie. De quelle voie s’agit-il ? Autant de questions que nous ne manquerons pas de soulever cette année.

Par ailleurs, nous associeront des expertises théoriques lors des séances des Lire aux Eclats à des témoignages de personne engagées dans ce domaine, au cours des Conférences qui ponctueront l’année, de façon à constamment incarner notre thématique.

Bérengère - Notre année sera divisée en trois temps. Nous aborderons d'abord la question d'un point de vue anthropologique en mettant l'accent sur la vulnérabilité comme caractéristique de la condition humaine. Un deuxième moment sera consacré à la manière dont la société et l'économie peuvent prendre en compte les différentes formes de vulnérabilités, qu'il s'agisse de la vie (bioéthique), des ressources naturelles (écologie), de la précarité (solidarité). Enfin, nous aborderons le sens chrétien de la vulnérabilité : faiblesse de l'homme sans Dieu, vulnérabilité d'un Dieu fait homme et mort sur une croix, faiblesses de l'Eglise aujourd'hui.

Marie-Catherine - Toujours dans une recherche d'échange et de dialectique.

Un des objectifs cette année est de renforcer la dimension "groupe de lecture" de Lire aux Eclats. Comment envisagez-vous de mettre en avant cet aspect ?

Bérengère - Nous y réfléchissons !

Marie-Catherine - Une première idée pourrait être d'envoyer des bibliographies par mail entre les conférences et de proposer des fiches de lectures.

Emilie - L’objectif principal de Lire aux Eclats est bel et bien la lecture. Or, nous avons constaté que de nombreuses personnes ne lisent pas les ouvrages proposés à chaque séance, souvent du fait d’un manque de temps. Cette année, nous espérons que la réorganisation de l’activité et notamment le fait que le choix des ouvrages s’effectue avant le début de l’année permettra à davantage de personnes d’avoir le temps d’aller acheter les livres proposés et de s’y plonger.  Et  afin de renforcer la dimension "groupe de lecture, nous pourrions proposer à une adhérente d’être chargée de groupe de lecture : elle pourrait effectuer des achats de livres en gros, réunir chez elle ou dans un autre endroit des personnes qui voudraient échanger leur point de vue en amont d’une séance pour la préparer ou penser ensemble à des questions à poser aux auteurs invités.

Dimanche 9 juin 2013, Conversion au silence

Lire aux Eclats a reçu le dimanche 9 juin 2013 Michel Cool pour un échange autour de son livre, Conversion au silence. Intinéraire spirituel d'un journaliste (Ed. Salvator, 2011). Dans cet ouvrage, l'auteur à nous interroger sur le rôle du silence comme éléments structurant de nos existences, apte à nous permettre de devenirs de véritables "itinérants du sens".

 

> Photos de la rencontre

 


 

RP LAE Cool 3 DBLa figure du silence est omniprésente dans votre ouvrage. Qu'est-ce que le silence pour vous ?

M. Cool nous relate la place que le silence occupait autrefois dans sa vie : dans son enfance, le silence était pour lui davantage un lieu de repli sur soi, de fuite. Dans un premier temps, le silence revêtait davantage un aspect négatif. Aujourd'hui, depuis son expérience forte de conversion en 2007, le silence s'impose à lui comme manifestation d'une présence réelle. Le silence est pour lui d'abord quelqu'un. Le silence est désormais imprégné d'une présence, celle du tout Autre, Dieu. Il se sent habité, et placé en permanence sous le regard de Dieu.

L'auteur souligne qu'une des facettes de l'incroyance contemporaine réside dans l'incapacité de nos contemporains à percevoir la présence de Dieu. Le silence est un acte de présence au monde. Sans silence, aucun dialogue vrai n'est possible.

Quelle est cette conversion au silence dont vous nous parlez ?

L'auteur nous fait partager cette expérience très forte de rencontre de la présence silencieuse qui l'habite désormais. Il se trouvait dans une situation personnelle très difficile : ayant subi un licenciement, un problème de santé, il a été aussi confronté au sein de la même période au décès de son père. Cette période de sa vie a été une épreuve très douloureuse, emplie de doutes et de désarroi. Un ami l'a alors engagé à reprendre le chemin de l'écriture, et lui a demandé quel sujet il souhaiterait traiter. Michel Cool lui a fait part de son désir de réaliser une enquête sur la vie monastique. Son ami ayant accepté de lui donner les moyens de réaliser cette enquête, Michel Cool a durant un an arpenté diverses communautés religieuses, pour partir à la rencontre de moines et de moniales.

Alors qu'il se trouvait à l'abbaye de Scourmont en Belgique, un jour baigné par un doux soleil hivernal, l'auteur a décidé d'aller se promener dans un bois proche de l'abbaye. Au cours de sa promenade, Michel Cool a soudainement été traversé par une crise de larmes sans aucune raison apparente, violente et continue. L'auteur compare ce « baptême de larmes » aux crises de larmes que peuvent avoir les jeunes enfants, crise de larmes d'une grande violence.

Par ce baptême des larmes, l'auteur a eu l'impression de vider entièrement beaucoup de choses enfouies en lui, notamment de zones d'ombre et de noirceurs, et en même temps d'être empli d'une grande grâce, d'une douceur et d'un Amour infini. Il a dû prendre le temps de la relecture, pour parvenir à discerner et à comprendre ce qui lui était arrivé.
Ainsi est mise en exergue l'importance de la relecture régulière de nos vies, afin de saisir le sens des évènements qui les ponctuent.

Ce baptême des larmes apparaît comme une grande richesse, un don qu'il faut savoir implorer, et qui donne tous son sens à la phrase de Saint Paul « c'est dans la faiblesse que je suis fort ». Ma propre faiblesse me permet de me laisser toucher par la Grâce de Dieu, de me laisser envahir par sa présence. L'Amour de Dieu apparaît alors plus fort que tout, et on peut s'y abandonner.

RP LAE Cool 10 DBComment réussir à sauver notre silence intérieur dans notre monde « saturé de sons et d'images jusqu'à l'insignifiance », et comment le partager ?

Le silence intérieur est réellement un lieu de construction de la liberté intérieure. L'histoire des hommes est marquée par la conquête de la liberté. Néanmoins, la liberté la plus fondamentale est celle de la liberté intérieure, qui permet d'être réellement vrai, d'être pleinement soi même, en dépit des opinions, des courants de pensée majoritaire qui peuvent marquer une époque donnée.

L'auteur retient deux modalités pour cultiver cet espace de silence intérieur.

La prière quotidienne tout d'abord. S'aménager un temps dans la journée consacré à Dieu, qui permet d'avancer. L'auteur dit les laudes tous les matins, très belle oraison qui lui permet de rendre grâce chaque jour pour le don de la vie qui est fait chaque matin. Cet instant de prière est une manière de puiser la force d'avancer tout au long de la journée.

La contemplation ensuite. Conserver cet esprit d'enfance, cette capacité d'émerveillement : regarder ce qui est beau, « être capable d'admirer une feuille d'arbre ». Apprendre à faire silence n'importe où, au sein même de l'agitation de la vie. Pouvoir prier même dans le métro, sur une plage.

Michel Cool nous invite également à prendre conscience du fait que la Vie soit passagère. Il cite Ste Thérèse de Lisieux, qui en avait une conscience particulière. Cette conscience du caractère temporaire de nos existences doit nous permettre de saisir l'éternité de chaque instant.

Faire silence dans notre société qui veut souvent tout maîtriser, est-ce aussi apprendre à lâcher prise ?

Le bruit est naturel, consubstantiel à l'homme. Il est donc important d'apprendre à se laisser apprivoiser par le silence. On ne garde pas le silence, on se laisse garder par lui. Cela demande un effort sur soi même, un retour sur soi, qui n'est pas un repli sur soi. Cet effort permet de développer sa crèche intérieure, à laisser la place à l'écoute du Tout Autre en soi.

Vous militez pour un journalisme de qualité, vrai, laissant la place à l'émerveillement et à la vraie rencontre. Comment restaurer la démarche de service et de quête de la vérité au sein des médias d'aujourd'hui ?

RP LAE Cool 23 DTUn journaliste chrétien est un journaliste comme les autres, soumis au respect de règles déontologiques. La différence principale réside dans la volonté de se mettre à la suite du Christ, de vivre sa vie professionnelle à la lumière du Christ. Alors qu'aujourd'hui le traitement de l'information est tourné vers la quête du scoop, du sensationnel, le journaliste chrétien a vocation à faire ressortir le sens de l'actualité, à traiter les thématiques de fond. Il importe de ne pas se contenter d'un traitement quantitatif de l'information, afin de restaurer la confiance dans la profession journalistique. Michel Cool souhaite risquer la rencontre dans le cadre de sa profession, afin de se mettre en quête des Saints d'aujourd'hui.

Quel lien faites-vous entre le silence joyeux et aimant, et la profondeur d'une rencontre vraie avec autrui ?

Pour Michel Cool, le silence est l'antichambre du dialogue. Le silence apparaît comme une déclaration d'amour. Par le silence, Dieu nous parle. Le silence est le langage de l'amour, celui de Dieu est le même : c'est notamment par le silence qu'on reçoit l'amour de quelqu'un et qu'on le donne. Ce silence permet de développer une autre manière de regarder : nous émettons des ondes.

L'auteur s'est rendu compte qu'à plusieurs moments, une rencontre pouvait avoir lieu pour lui avec Dieu : il n'était pas présent à ces rendez vous. Il préconise la pratique de la relecture, par exemple de la journée : est-ce qu'au moins une fois dans la journée on a rendu quelqu'un heureux, montré à quelqu'un qu'on l'aime ? Le plus important est également d'être vrai, d'être soi même : « Etre soi même une parole de Dieu vivante » suivant l'expression de Fabrice Hadjaj.

L'auteur met en exergue l'Esprit Saint à l'oeuvre notamment dans la succession des Papes : Jean Paul II, celui qui invite au « n'ayez pas peur », à la fierté de l'appartenance au Christ ; Benoit XVI a permis de mettre en œuvre l'intelligence de la foi, de la formation pour faire fructifier un contenu solide de notre foi ; François nous invite à évangéliser.

 


 

 

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 Michel Cool

Michel Cool est un journaliste français, spécialisé dans les affaires religieuses, rédacteur en chef à l'hebdomadaire La Vie depuis février 2011. Il a collaboré à La Vie, Pèlerin et L'Express. Il a été le co-fondateur du mensuel Sens Magazine (1989-1992) auquel collaborèrent les journalistes Jean-Claude Guillebaud et Jean-Paul Kauffmann et les écrivains Martin Winckler et Bernard Fauconnier. Il a été rédacteur en chef de la revue environnementaliste Valeurs Vertes (1993-1997), puis rédacteur en chef et directeur de l'hebdomadaire Témoignage chrétien (1997-2005). Il collabore à l'hebdomadaire protestant Réforme et au Monde Diplomatique. Sur France culture, il a co-présenté Le club de la presse des religions (2002-2005) ; sur cette même chaîne, il a produit des émissions de culture religieuse. Il présente une chronique littéraire hebdomadaire pour Le Jour du Seigneur, le dimanche matin sur France 2.

 


 

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